Sixpack France est fier d’annoncer la sortie d’une série de T-shirts faisant honneur à quelques-unes des nombreuses créations de Jean Widmer, graphiste suisse né en 1929, responsable entre autres de l’identité visuelle du Centre Pompidou et de la signalétique des autoroutes françaises. Situées au point d’équilibre du fonctionnel et de l’esthétique, les réalisations de Widmer relèvent d’une approche qui a profondément inspiré celle de Sixpack : envisager le visuel comme une surface dont la neutralité apparente dissimule une richesse émotionnelle vibrante, fonctionnant par allusions géométriques et chromatiques, développant un langage à la fois intime et généraliste, intérieur et universel. Son travail pour des institutions et des environnements publics résonne particulièrement au sein de l’univers Sixpack, puisque notre marque se rêve souvent en fabriquant d’uniformes, de vêtements si évidents et si parfaits qu’on ne se demanderait même plus pourquoi on les porte. C’est bien ce qu’a réussi à accomplir Jean Widmer : des objets graphiques tellement bien conçus qu’on n’y ferait presque plus attention, tant ils font partie de notre monde commun.

jean_widmer-blog

Interview :

Qu’est ce qu’un graphisme audacieux ?

Dans les années 1960-70 s’est produite une véritable migration de graphistes suisses en quête de travail en France et en particulier dans la capitale. Les premiers arrivés déjà dans les années 1950 de l’après-guerre ont fait tache par leur graphisme audacieux, rationnel et fonctionnel montrant une qualité graphique bien structurée et très créative, apportant une grande nouveauté dans ce domaine.

En effet, des grands magasins comme les Galeries Lafayette, les journaux de mode Elle, le Jardin de Modes et certaines agences de publicité se faisaient remarquer par d’excellentes compositions modernes.

Il se produisait alors un phénomène, une sorte de snobisme parmi les grands patrons qui exigeaient que leur graphiste sorte de l’Ecole Suisse.

En tant qu’enseignant je remarquais que les étudiants français avaient du mal à trouver des débouchés en sortant de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs. J’en fis part au Directeur qui, ensuite, me donna carte blanche pour réorganiser l’enseignement avec une nouvelle génération de professeurs.

Avec mes 35 années d’activité pour l’Ensad mes étudiants sont devenus petit à petit des collègues. La qualité graphique de l’enseignement s’est normalisée.

france-is-colour

Quelle influence l’enseignement de Johannes Itten a eue sur vous ?

Johannes Itten, professeur du Bauhaus qui a donné dès l’hiver 1919 le célèbre cours préparatoire dans cette école avait pour objectif de faire de l’homme dans sa totalité un « être créateur ». Johannes Itten célèbre par ses qualités pédagogiques évidentes a été appelé par la ville de Zürich, le nommant directeur, pour moderniser les écoles d’art. Il s’agissait alors de dépoussiérer quelque peu les métiers d’art de leur conventionalité.

Avec Itten apparaît une sorte de mystique du graphisme. Le graphiste doit savoir utiliser tous les moyens de perception. À l’atelier technique les divers métiers d’art se rencontrent et se frottent aux expériments et au savoir faire.
Dans le cours de Johannes Itten « Matières et textures » on compose toutes sortes de contrastes avec des éléments basiques de composition comme le verre, le tissu, le bois, le métal, la pierre pour sensibiliser le toucher et la forme.

Alors, déjà installé à Paris et après un certain temps, j’ai pû mesurer l’importance de l’héritage reçu de lui, de ce métier d’envergure face à la création graphique, photographique et typographique qui m’a projeté assez rapidement à des postes à responsabilité.

J’ai donc été profondément inspiré par la force créatrice de Johannes Itten qui m’a permis, dans le cadre de l’enseignement dont j’ai été chargé à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, de moderniser les méthodes de la profession de la section graphique qui vivotait dans un immobilisme dû aux retards accumulés après la seconde guerre mondiale. J’ai exercé dans ce cadre pendant 36ans.

grid

Sur le logo du Centre Pompidou : un système sans logo peut-il exister ?

Nous nous sommes penchés sur ce problème de savoir si une institution culturelle nécessite un logo.

Le Centre Beaubourg n’étant ni un établissement bancaire ni un aéroport ni un grand hotel, l’option d’une signalétique avec logo dit le texte du Concours, c’est « situer Beaubourg dans l’actualité au risque de passer de mode, tandis que la solution préconisée inscrit Beaubourg dans l’histoire ».

1974 Nous avons proposé de créer un caractère typographique destiné à jouer un rôle fédérateur sans distinction, pour toute communication interne et externe. C’était un caractère de machine à écrire développé par Adrian Frutiger, qui est aujourd’hui encore en usage.

1977 Quelque temps avant l’ouverture du Centre Pompidou un logo m’était officiellement et impérativement commandé sans qu’il y ait eu préalablement au cours des années 1974-77 des pourparlers à ce sujet.

Je me mis au travail devant l’impressionnante façade avec son escalator en diagonale et le logo s’imposa à moi immédiatement à partir de l’architecture.

2000 Après 25ans d’existence le Centre Pompidou a dû être rénové. Il a alors été question d’une nouvelle identité visuelle et signalétique qui a mis en péril son signe identitaire connu du monde entier.

Le logo du Centre Pompidou est-il obsolète écrivait la presse parisienne ?
Ce symbole identitaire a résisté pendant une année à la bataille acharnée entre le président du Centre Pompidou et l’AGI Agence Graphique Internationale.
Des graphistes du monde entier ont riposté en assaillant de courrier et de fax le Ministère de la culture. Le Ministère a tranché et finalement conservé le logo.

Aujourd’hui on le découvre même par surprise sur les pavés de la place publique gravée de manière inaltérable.


Si vous pouviez redessiner aujourd’hui, quelle serait votre cible de choix et pourquoi ?

Ma cible de choix serait la création du billet de banque et de la monnaie européenne. Il m’aurait intéressé d’aborder ce choix de façon conceptuelle et homogène.

La tentative que j’ai faite avec les responsables officiels n’a pas eu de suite, j’ai abordé l’étude avec les étudiants de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs. Trois élèves ont participé au grand projet de quatrième année (diplôme). Il s’agissait de :

a-    Comment structurer les études : faire l’analyse des billets existants des pays européens qui ont déjà une approche traditionnelle moderne comme les Néerlandais, l’Allemagne, la Suisse, la Grande Bretagne. Faire l’analyse héraldique, signification et origines des éléments qui composent les billets de banque et les pièces de monnaie.

b-    Création des billets et monnaies avec traitement contemporain des sujets.

fonctions-utiles


Concernant votre travail pour la direction artistique du Jardin des Modes, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la volonté de sortir de la sophistication du « chic couture » et de faire apparaître avec humour une femme moderne ?

Suivre le Jardin des Modes c’était la mise en œuvre de l’expression contemporaine, en tant que directeur artistique, composer le journal, travailler avec le talent des artistes et avec l’air du temps.

J’ai commencé par dessiner le titre du journal au moyen d’une élégante typographie et d’une photo qui faisait flash en kiosque. J’éprouvais un réel plaisir à faire des prises de vue personnelles, à diriger et transformer ce journal désuet pour dames en magazine pour femme moderne.

Le journal était un point de rencontre avec des photographes, graphistes et artistes. Il fallait être dans le secret du jour pour lancer des talents comme Helmut Newton ; il a commencé avec moi ses premières photographies du Jardin des Modes. Le Op Art comme le Pop Art ont influencé le photographisme. Le design et le fonctionnel ont balayé le décoratif. La qualité de l’imagination, le flair, le sex-appeal de l’élégance c’était le parfum du journal.

Dans la mouvance de 1968 j’entendais à la Sorbonne des slogans comme « L’imagination au pouvoir ». Ces paroles traduisaient une critique sociale évidente et incarnaient le rejet du superflu dans la mode, du luxe et de la sophistication de la haute couture.

Je pressentais le changement et qu’une page était tournée pour moi.

C’est ainsi qu’en 1969 je décidais d’ouvrir mon agence Visuel Design afin de mettre à profit mon savoir faire.

Le design arrivait en force sur la scène avec l’esthétique et la création industrielle.

Laisser un commentaire