Sixpack France a passé pas mal d’années à être perçue comme une marque jeune. Aujourd’hui nous aspirons à devenir une marque post-jeune, mais pas du tout post-ado. Plutôt néo-enfant, ou vieil enfant au regard hallucinogène. On a plus peur de ce qu’on désire, on a plus peur de revivre une singularité adolescente longtemps refoulée, mais qui nous empêche maintenant de ne pas nous ennuyer – et on prend pour inspirations des gens de quinze ans, gauches, grisants, touchants, parce qu’ils ont tous les droits.

On voudrait que les gens qui achètent Sixpack France puissent s’approprier nos créations comme des images ou des bouts de texte, comme des relais vers quelque chose d’oublié. Que leur histoire s’approprie le vêtement ou, moins cliché peut-être, qu’ils activent une histoire, une mémoire, une sensation en portant ces fabrications – ces artefacts ? – en fétichisant un détail, une rayure, une poche, un bouton, une couture, travailler une forme d’érotique qui les relierait à un moment perdu et imaginerait un chemin synésthésique vers une utopie personnelle : on touche, donc on voit, donc on entend, donc on sent, donc on plonge dans un bain fait d’une eau jusqu’ici interdite.

Sixpack France part de l’espoir d’une éternelle jeunesse qui serait non une fuite mais une réactivation de tout ce que l’existence a eu de early, comme on parle d’early house ou d’early christians. Archéologico-mélancolique plus que nostalgiquement forcenée de la reconstitution historique, l’identité cultivée par Sixpack n’est jamais un monde fini, elle est une chambre aux portes mobiles et ouvertes au vertige psychédélique, à l’effroi du corps, à l’exploration simultanée de soi et du monde. Pas de mépris pour l’éphémère et la candeur mystique dans ce lieu mental qui accueille la singularité et l’intimité comme des invités d’honneur. Faire le contraire des erreurs de la jeunesse réelle : refuser les codes et le cool, ignorer ce qui ne nous habite pas profondément, ce en quoi ne reconnaît pas une intuition sincère, savoir se donner les moyens sensibles de faire ce qu’on désire – une forme nouvelle de contre-culture, de culture du contre.

Sixpack France envisage ses collections de vêtements (et d’images, et de textes) comme des collections de prismes sensoriels, des sortes de précipités de sensations fugaces, des textures mémorielles souvent plus intenses que les faits eux-mêmes auxquels ils se rapportent. Sixpack est l’agence de communication des causes perdues, le centre d’archivage des réminiscences sous forme textile, le catalogue infini des polaroids de nos sensations resurgies, un recueil en style simple et négligé d’épiphanies en cut up.